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Editorial
 

La question de l’identité nationale, en lien avec l’immigration, est devenue centrale dans la vie politique française, virant parfois à l’obsession. Elle interpelle le concept de nation et met à l’épreuve notre démocratie. Ce mouvement de fond intervient dans un contexte dominé par la mondialisation des échanges, celle de l’information et des technologies. Il intervient également dans une phase de transformation des flux migratoires à travers le monde. Ce qui n’est pas sans déstabiliser une certaine perception de l’identité dite nationale, et provoquer des réflexes identitaires stigmatisants, voire parfois meurtriers.

Certes, il ne faut pas minimiser le culte exacerbé des racines et l’exaltation d’une identité purifiée de toute souillure. Mais, faut-il rappeler que la nation est la communauté politique de ceux qui ne se sont pas choisis mutuellement. Que l’identité nationale n’est pas, n’a jamais été, une identité figée, repliée sur elle-même. Faire droit aux identités singulières, partielles, qui s’expriment au sein de la société, n’affaiblit pas, n’a jamais affaibli. L’histoire en atteste.

Nos identités et nos cultures stables sont en effet le produit de migrations et d’interférences. Qu’on songe aux invasions, aux occupations de territoires, aux déplacements forcés de populations, à la colonisation, aux importations de l’exotisme, ... De là aussi, une autre façon d’envisager le rapport complexe des hommes aux frontières : frontières qui les protègent, frontières qu’ils traversent ou transgressent, frontières sur lesquelles ils vivent parfois à cheval. La France s’est construite à partir de ces mouvements de population, volontaires ou forcés, et elle a, de son côté, modelé le monde par les conquêtes et les colonisations.

En se plongeant dans l’histoire de ce pays et de ses immigrations, et en portant un regard attentif aux productions contemporaines, il s’agit pour le festival de croiser les regards, de construire un autre rapport à l’Histoire, et ainsi de contribuer à modifier les représentations à l’œuvre dans la société lorsque sont évoquées les questions d’identité nationale, de diversité, d’immigration et de quartiers populaires. La France de l’immigration est en train d’écrire aujourd’hui un héritage de l’histoire de ce pays. Un nouvel héritage. Et c’est une bonne nouvelle. En effet, "si l’héritage consiste simplement à entretenir des choses mortes, des archives, et à reproduire ce qui fût, ce n’est pas ce qu’on peut appeler un héritage. On ne peut pas souhaiter un héritier ou une héritière qui n’invente pas l’héritage, qui ne le porte pas ailleurs, dans la fidélité. Une fidélité infidèle" (J. Derrida). Car "une nation, c’est aussi une narration en permanence sur l’établi, qui permet aux citoyens aux passés différents de se retrouver en elle" (P. Weil).

Cette neuvième édition du festival se veut donc un hymne à la "diversalité" (E. Glissant), une ode à la pluralité, aux métissages, aux croisements, aux entre-deux, aux mélanges, aux singularités, aux minorités, à l’ethniquement impur, aux identités fantasmées, aux mémoires oubliées, aux mémoires trouées, aux héritages refoulés, aux traces enfouies. Elle célébrera ainsi cette "partie de la France qui se sent désormais subie et donc délégitimée : la France de l’immigration, la France de l’asile, la France dite des "banlieues ", la France de l’Histoire. En somme, la France qui a "choisi " la France " (A. Chaouite).

" Notre identité est devant nous ", disait le leader kanak, feu Jean-Marie Djibaou. Pour être apaisée, l’identité nationale a besoin aujourd’hui d’être pluralisée. C’est le sens de l’Histoire. Ici et maintenant.

écARTs d’identité …
comme autant de traces d’identités en mouvement …
et le mouvement, c’est nous !!!

Younes AJARRAI, Directeur de programmation

 

 

 

 

 

 


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